Chapitre XIX
Je n’ose plus sortir de l’hôtel. Je descends le matin à sept heures prendre mon petit déj. avant que la foule n’arrive et je remonte illico dans ma chambre. A onze heures trente, avant la cohue je redescends prendre un sandwich et passe l’après midi de nouveau dans ma piaule. Heureusement il y a la télé et je zappe un max. Il y a trois jours que je vis ainsi et je pense que c’est un miracle que les condés ne m’aient pas encore logé. Je ne vais pourtant pas pouvoir m’éterniser ici, le tôlier va finir par se poser des questions. Seulement j’ai peur. Je vois des flics partout et surtout je me demande ce que manigancent les mecs de la D.S.T. J’ai plus confiance. Si ça se trouve ils sont en train de s’acoquiner ave les services secrets britanniques et je vais les avoir tous sur le dos.
Je suis de plus en plus persuadé qu’ils craignaient que je traite avec les Rosbifs. Mais à présent que je leur ai filé entre les doigts ils collaborent peut être tous ensemble. Il y a vraiment trop de gens qui voudraient me mettre la main dessus. Comment m’en dépatouiller ? Je n’en n’ai aucune idée et je reste ici à glander en suant la peur comme un con de lapin coincé dans son terrier. Faut que j’ me bouge ; De toute façon c’est aussi dangereux de rester ainsi terrer dans une chambre et le taulier ou les femmes de ménage vont se demander un jour ou l’autre ce que je fous là. Avoir constamment à l’esprit que dans chaque patron de bistrot ou d’hôtel de troisième zone il y a un indic qui sommeille.
Aujourd’hui le temps est superbe. L’air de cette mi-Avrill est doux, le ciel bleu et les feuilles des platanes du square Marc Sangnier bruissent sous l’effet d’une légère brise. Le printemps s’est installé dans la ville et dans ma tête. Il fait trop beau pour rester enfermé. Mon café- crème croissants avalé, je sors prendre l’air. Je me dirige vers les halles Saint Louis et les petits estaminets qui bordent la place. Je flâne rue de Siam, passe le pont de Recouvrance, baguenaude du côté de la porte Caffarelli. De tout ce temps je guettes les passants ; Je leur trouve à tous un air suspect. Celui ci marche trop vite, celui là trop lentement, il y a celui qui s’est mis à lacer ses godasses sur le trottoir d’en face au moment où j’arrive, celle qui fait semblant de fouiller dans son sac à main et tous ceux qui ne font rien de particulier mais qui ont un air louche.
Je me ballade dans Recouvrance, longe la Penfeld, mais le cœur n’y est pas. Le Doute, l’impression d’être traqué, c’est insupportable à la longue. Je descends la rue de la Porte avec la ferme intention de retourner m’enfermer à l’hôtel.
Je ne l’ai pas vue arriver. En fait je guettais les piétons, pas les bagnoles. La Mégane s’arrête à ma hauteur et deux hommes en jaillissent illico. Ils me prennent par les bras en me disant :
-- Police ! tiens toi tranquille. Fais pas le con et tout ira bien.
Ils m’ont fait monter à l’arrière de la voiture entre eux deux. Il y a un troisième larron à l’avant au volant. Une fois dans le véhicule ils me passent les menottes. Plus personne ne parle. Bêtement je me sens presque soulagé mais il va falloir tenir bon, ne pas révéler la planque avant d’avoir obtenu quelque chose.
Nous traversons le pont de recouvrance et bifurquons à gauche vers le boulevard Jean Moulin. Puis on tourne rue Michelet et nous voici de l’autre côté du square Marc Sangnier ; j’aperçois mon hôtel en face rue Louis Pasteur. Ils continuent en direction de la rue Duquesne ; Ils ne doivent pas être au courant pour l’hôtel. Je ne comprends pas trop la route qu’ils prennent ; pourquoi ne pas avoir remonté par la rue de Siam ? Peut être ne m’amènent-ils pas à leur bureau. Ils n’ont pas du tout le genre des deux pingouins de l’autre jour. Ceux ci ne sont pas fringués comme des milords ; ils portent des blousons en toile et des polos. Un doute me vient : et si ce ne sont pas des flics ? Les menottes ce n’est pas une preuve et ils ne m’ont pas montrés leurs cartes.
La voiture tourne rue Colbert et passe sans s’arrêter devant le commissariat central pour descendre une petite rue à droite où elle se range contre le trottoir. Il n’y a là que des immeubles d’habitation. Ce ne sont pas des poulets qui m’ont serré. Mais qui alors ? En tout cas ce n’est pas la D.S.T.
On me sort durement de la voiture, l’un d’entre eux tient à la main la chaîne des menottes. J’ai le temps de lire le nom de la rue sur une plaque : rue du Bois d’Amour. Tu parles d’un nom !
En face, le long du trottoir, assis sur l’aile avant d’une grosse B.M.W., un type fume un cigarillo et semble nous observer. C’est un grand balaise au visage dur et mal rasé qui ressemble au Reno de Léon. Je n’ai guère le temps de le mater plus longtemps car on me pousse avec brutalité dans le hall d’un immeuble.
Nous sommes trois dans un ascenseur où l’on ne tient d’ordinaire qu’à deux ; C’est dire si on est serré. Mes deux tontons sentent la bière et le saucisson à l’ail et vue l’étroitesse du lieu me souffle en pleine gueule leur haleine fétide. Le troisième lascar s’est élancé en courant dans l’escalier et arrive avant nous au terminus. D’après mon intuition, car je ne vois rien collé contre ces deux ostrogoths, nous devons avoir atteint le deuxième ou le troisième étage lorsque l’ascenseur stoppe.
Nous sommes sur un palier et sur une des portes il y a une plaque en cuivre avec le nom d’un avocat. Nous entrons dans la porte d’à côté, porte anonyme, sans aucune mention. Cela pourrait être n’importe quel appartement. A l’intérieur un long couloir et des bureaux de part et d’autre. Le premier à droite en rentrant est celui d’un dénommé Loïc Petitjean commissaire principal. J’aurais dû m’en douter ; à l’odeur les deux acolytes de l’ascenseur ne pouvaient être que des flics. Mais quel peut bien être ce service de police dissimulé dans un immeuble lambda à deux pas du commissariat central de la rue Colbert ?
Sur la gauche, un bureau qui semble plus grand que les autres abrite un bar. Je le sais parce que lorsque je passe devant la porte est ouverte et quatre types assis sur des tabourets de bar sirotent leurs pastis que ça sent l’anis à plein nez.
J’ai pas droit à l’apéro. Il est un peu tôt tout de même, à peine onze heures. Ils m’ont amené dans un des deux bureaux du fond. Je me demande vraiment à qui j’ai affaire. M’est avis que je vais avoir droit à un interrogatoire en règle, comme dans les films policiers, sauf que là c’est moi qui trinque et c’est beaucoup moins plaisant.
Qui que se soit, tenir le coup. J’ai une chance si je parviens à garder le secret sur l’endroit où j’ai planqué les documents.
La pièce est étroite et comporte deux bureaux munis chacun d’un ordinateur portable. La flicaille s’est mise au goût du jour. L’un d’eux s’installe derrière l’ordi tandis que l’autre me pousse sur une chaise où il m’ordonne de m’asseoire. Il m’ôte les menottes et me fouille. Il n’y a pas grand chose à piquer : environ deux cent Euros, toute ma fortune, un paquet de mouchoirs en papier et ma montre. Encore heureux que j’ai laissé le pétard à l’hôtel planqué dans un placard à balais du couloir de l’étage du dessus. On ne me demande pas d’enlever ma cravate ni mes lacets car je n’ai ni l’un ni l’autre. Pas de ceinture non plus : On gagne du temps.
Celui qui est passé derrière l’ordinateur commence le questionnement comme on disait au moyen âge :
-- Nom, prénom, date et lieu de naissance, domicile actuel.
-- Si vous m’avez coffrez c’est que vous devez me connaître. Vous n’en n’êtes tout de même pas arrivé à arrêter n’importe qui comme ça dans la rue que je sache !
-- Cesse de faire le malin ! tu riras moins tout à l’heure. Et réponds aux questions qu’on te pose.
C’est l’autre qui m’interpelle. Je me demande s’il m’est permis à moi aussi de le tutoyer.
-- Olivier Le Pénautier, en deux mots Le Pénautier. Né le 12 Novembre 1975 à Quimper. Domicilié à Rennes rue de la Duchesse Anne.
Ils se sont modernisés mais ils tapent toujours de la même façon qu’avec leurs vieilles Olivetti : Concerto à deux doigts et ça prend du temps.
-- Pourquoi n’avez-vous aucun papier sur vous ?
-- Je m’appelle Olivier Le Pénautier, en deux mots Le Pénautier. Né le 18 Novembre 1975 à Quimper. Domicilié à Rennes rue de la Duchesse Anne
-- Tu te fous de notre gueule ? Monsieur veut jouer au malin ?
Subitement je me dis que si ces pingouins prennent conscience de la signification de mes initiales, je vais avoir droit à Ramona.
-- Je veux un avocat. Il y en a un sur le palier. Je connais mes droits, hors la présence d’un avocat la seule chose que vous pouvez exiger c’est mon état civil.
Le flic dactylo a un léger sourire mais son collègue ne se marre pas du tout. Il m’agrippe par le colbac et me secoue comme un prunier :
-- Le seul droit que t’as connard c’est de répondre à nos questions.
A ce moment un type entre dans le burlingue et fait un signe de tête. On me ramène dans le couloir. Il y a foule au bar ; Ils doivent arroser quelque chose et on est venu avertir mes deux lascars que c’est l’heure des libations.
| Janvier 2010 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | ||||||||
| 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | ||||
| 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | ||||
| 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | ||||
| 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | 30 | 31 | ||||
|
||||||||||
<script type="text/javascript" src="http://www.http://localhost/cpt/?code=6/1/8057/1/1&ID=319233"></script><noscript><a href="http://www.http://localhost/">ABCompteur : compteur gratuit</a></noscript>
Derniers Commentaires