Lundi 11 février 2008
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Chapitre XX

 

 

 

Pour l’heure on m’enferme dans une pièce sans fenêtre meublée d’une planche de bois scellée dans le mur et qui doit servir de couchage. La cellule de garde à vue. Comme on m’a aussi confisquer ma montre je n’ai aucune idée de l’heure qui passe mais je commence à trouver le temps long. Ces salauds ont  l’air de bien picoler. J’entends d’ici leurs grandes gueules, leurs rires gras et leurs histoires scabreuses. Et cette odeur d’anis qui empeste partout. Quand ils ont eu fini de picoler ils déguerpissent en braillant. Il n’en reste plus que deux pour garder la tôle. Ils bouffent des sandwichs, je les aperçois à travers les barreaux de la cellule. Les autres sont très certainement allés se payer un gastro et on me laisse jeûner sans scrupule.

 

D’un autre côté ça me permet de préparer mon interrogatoire. Ce qui me pose problème c’est que je ne sais absolument pas à quel service je suis confronté. Une seule certitude cependant : ce n’est pas la D.S.T. Sont-ils au courant pour les documents ? C’est ce que j’aimerai bien savoir ! Ma seule, mon unique chance de tirer un tant soit peu mon épingle du jeu ce sont ces foutus documents. Ils constituent ma seul monnaie d’échange. Espérons que ce ne soit pas de la monnaie de singe.

 

Enfin, les pandores reviennent. Ils parlent haut, rigolent fort, je crois qu’ils sont bien éméchés. Et voilà mes deux cerbères qui viennent me chercher pour continuer l’interview comme on dit à la Télé.

 

Je me retrouve de nouveau assis sur la chaise. Tandis que le petit Mickey s’installe derrière son portable le grand Stroumph se plante devant Mézigue :

 

-- Tu foutais quoi le 28 Mars ?

 

-- Le 28 Mars ? J’sais pas. Pourquoi ?

 

-- Ben t’as intérêt à savoir……. Alors ?

 

Qu’est-ce que je pouvais bien foutre ce jour là ? Même si je désirais leur répondre j’en serais incapable.

 

-- Je veux un avocat.

 

Vlan ! Y me balance une baffe et je manque perdre l’équilibre sur ma chaise. Je vais me lever et lui voler dans les plumes à ce grand connard. Mais au moment de lever mon cul j’aperçois le sourire hypocrite de l’Homo ordinatus. Ils n’attendent que ça ces deux cons : Rébellion à représentant de la force publique ; C’est ça qui va arranger mon cas ! Alors je repose lentement mon derrière sur la chaise. Déçus qu’y sont les deux affreux.

 

Le grand squale tourne dans la pièce comme un lion en cage. Le petit chafouin allume une clope et regarde d’un œil bovin la fumée monter au plafond. J’ai la joue en feu et je suis humilié. Peuvent toujours galoper pour que je leur dise quoi que ce soit. Bande de minables !

Ouais ! n’empêche ! S’ils commencent à cogner je vais tenir combien ? Interrogatoire musclé ils appellent ça. Les vaches. Et soudain j’ai envie de gueuler à en faire trembler les murs de la pièce, gueuler à leur péter les tympans :

 

-- Mort aux vaches !

 

Cool Mec ! Si tu te laisse aller ils vont te transformer en hamburger.

 

-- Alors ça vient ? Tu étais où le 28 Mars ?

 

-- J’en sais rien ! vous savez ce que vous faisiez vous le 28 Mars ?

 

Il me virgule une autre baffe. Cette fois, comme j’ai vu venir le coup, j’ai incliné la tête. Mal m’en a pris car j’ai reçu la mandale sur l’oreille et ça s’est mis à bourdonner. J’ai l’impression d’avoir une ruche dans l’oreille.

 

-- Faites chier  merde !

 

Il me refile une troisième baffe pour, dit-il, m’apprendre à parler poliment. Joyeuses Pâques, y a pas à dire !

 

-- Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise à la fin ? C’était un quel jour d’abord le 28 Mars ?

 

Le petit écrase son mégot et s’adresse à son compère :

 

-- Il ne se souvient plus dis donc ! Tu te rends compte Robert, Monsieur a oublié quel jour c’était !

 

-- Ouais ! qui répond le grand cleps. Montres zy donc les photos, ça va lui rafraîchir la mémoire.

 

Le petit Tékel sort une série de clichés d’une grosse chemise posée près de son ordinateur et la tend à son collègue.

 

-- Tiens ! regarde mon salaud !

 

La môme crevette. La prostituée de Rennes. La photo a été prise après sa mort. Elle est assise par terre le dos au mur. Un trou béant et rouge lui a défoncé la poitrine. Merde ! Voilà où ils veulent en venir. Le 28 Mars doit être le jour où elle m’a offert à bouffer. Avec tous ces évènements qui se bousculent depuis quelque temps j’avais oublié la date. Ben me v’là dans d’beaux draps.

 

-- Alors ? tu la reconnais ? Hein ! Ne me dis pas que tu sais pas qui s’est ?

 

J’dis rien. Qu’est-ce que je pourrais bien dire. De toute façon leur siège est fait. Quoique je raconte ils ne me croiront que si j’avoue le meurtre.

 

-- Tu vois qu’on a une idée de l’endroit où tu te trouvais le 28 Mars. Mais on aimerait bien te l’entendre dire.

 

-- J’ai rien à dire. Je veux un avocat. C’est mon droit et vous le savez. Il y a longtemps que j’aurais dû l’avoir.

 

-- Ma parole mais tu ne sais dire que ça : « un avocat ! Je veux un avocat ! » et mon poing sur la gueule ? Tu le veux aussi mon poing sur la gueule ?

 

Il se précipite vers moi et m’agrippe par le col de mon blouson. Son visage se trouve contre le mien. Il pue le pinard à plein nez. Juste comme il commence à me secouer la porte s’ouvre. Il  desserre son étreinte et se retourne vers le nouvel arrivant.

 

-- C’est vous patron !

 

Le commissaire à ce que je crois comprendre. C’est un type grand aux épaules de déménageurs, à la tête carrée surmontée d’une coupe en brosse. Il porte une petite moustache en balais brosse qui n’atteint pas la commissure des lèvres. Tifs et bacchante sont couleur poivre et sel tirant tout de même beaucoup plus sur le sel que sur le poivre.  Il est vêtu d’un costard gris anthracite, d’une chemise bleue et d’une cravate bicolore.

 

-- Comment ça se passe ?

 

Il a une voix de basse d’opéra. Il me regarde sans me voir, comme si j’étais l’homme invisible.

 

-- Ca va patron. Il a un vocabulaire un peu limité, mais il ne va pas tarder à faire des progrès.

 

-- Bien. Tâchez de terminer cette affaire pour ce soir.

 

Là dessus il sort en refermant délicatement la porte, comme pour ne pas déranger.

 

-- T’as entendu ce qu’il a dit le boss ? Faut qu’on ait fini pour ce soir. Alors tâche de collaborer, sinon……. !

 

Avant que je puisse prononcer un mot, le petit chafouin dactylographe me dit de sa voix de fausset :

 

-- Et puis cesse de réclamer un avocat. Pour l’instant tu n’est ni suspect, ni en garde à vue. Tu es ici en qualité de témoin, et un témoin n’a pas besoin d’avocat.

 

Témoin mon cul ! je ne suis même pas suspect, à leurs yeux je suis déjà coupable. Ils tentent de me faire avaler des couleuvres pour éviter qu’ultérieurement je soulève un vice de procédure.

 

-- Viens voir !

 

Le grand échalas a étalé une ribambelle de photos sur le bureau. Je m’approche. Pas joli joli. Le proxo est méconnaissable avec la moitié de la tronche partie en vadrouille. S’il n’y avait pas le schlass que je lui ai planté dans la poitrine je ne le reconnaîtrais pas.

 

-- Qu’est-ce que t’en dis ?

 

J’ai rien à dire. Le couteau de cuisine d’accord, c’est moi qui l’ai foutu là ; Mais la tronche en biais c’est pas ma pomme et je me demande bien qui ça peut être. Quand je me suis tiré la môme parlait d’appeler quelqu’un de sa connaissance susceptible de l’aider. Tu parles d’une aide !

 

-- On va pas passer la nuit à mater ces photos. Dis nous plutôt pourquoi tu as zigouillé  la pute et son mac ?

 

-- Qu’est-ce qui vous fait croire que c’est moi ?

 

Le petit flic dactylographe hausse les épaules

 

-- T’es vraiment un blaireau toi ! Ecoutes ! j’vais pas te raconter de salades. Les copines de la môme Gilberte t’ont vu filer avec elle. Dans l’appart on a retrouvé tes empreintes un peu partout. On sait que c’est les tiennes parce qu’on les connaît depuis que tu as laissé tes papelards auprès du cadavre de la plage de Rozulien. Encore un cadavre entre nous que tu as reniflé de près. Pas vrai ?

 

Y a pas grand chose à répondre à ça. Ils ne leur reste qu’à prendre mes empreintes et ils n’auront même pas besoin de mes aveux. Je ne pourrais jamais nier ma présence chez la dénommée Gilberte. Merde ! C’est pas moi qui les aie dessoudés, j’vais quand même pas payer pour ça non !

 

-- Bon ! alors t’accouche ?

 

Je ne sais pas pourquoi mais mon instinct me dit que je dois fermer ma gueule. Moins je leur en dirai, plus j’ai de chance de ne pas m’enfoncer davantage.

 

-- Puis que vous savez tout je n’ai rien à vous dire.

 

Je me suis tassé sur ma chaise m’attendant à ramasser une nouvelle baffe, mais le gars Robert s’est contenté de balancer un énorme rot ce qui fait rigoler son collègue. Puis il s’approche de moi et je reçois en pleine poire son haleine nauséabonde.

 

-- Quand comprendras-tu pauvre pomme que tu es fait comme un rat ? Pour la gonzesse de la plage c’est sans doute pas toi, mais certaines personnes se demandent ce que tu foutais là. Tu vois de qui je veux parler ? Tu sais les mecs à qui tu as faussé compagnie l’autre jour au bar du Conti ?

 

Puis prenant un peu de recul ce qui me permet de respirer un air plus sain :

 

-- Mais nous on s’en bat les burnes de la pouf de la plage. Une fille à Papa qu’aura mal tournée. Nous ce qu’on aimerait bien savoir se sont les raisons pour lesquelles tu as dézingué la pute et son mac. Tu vois ! c’est pas compliqué tout de même. Tu nous expliques bien tout ça et on te ramène peinard dans ta cellule. Tiens ! même qu’on te fait monter un sandwich et une bière. On n’est pas chiens nous autres ! N’est-ce pas Bernard  qu’on n’est pas chien?

 

Le Nanard n’a pas le temps de répondre, la porte s’ouvre de nouveau sur le commissaire qui fait signe au mastar de le suivre. Je reste seul avec Mickey qui allume une nouvelle clope. On est là comme deux glands. On évite de se regarder et on poireaute en silence.

 

Au bout d’un certain temps le dénommé Robert se pointe l’air franchement en colère. Je pense que ça va encore barder pour mon matricule. Il a le regard mauvais. Il s’est arrêté au milieu de la pièce. Mickey se doute qu’il y a un os mais il ne dit rien.
par Malcomrys publié dans : SPIRALE
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