Lundi 5 mai 2008
par Malcomrys publié dans : SPIRALE
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Lundi 11 février 2008
ordinateur.jpg






 

Chapitre XX

 

 

 

Pour l’heure on m’enferme dans une pièce sans fenêtre meublée d’une planche de bois scellée dans le mur et qui doit servir de couchage. La cellule de garde à vue. Comme on m’a aussi confisquer ma montre je n’ai aucune idée de l’heure qui passe mais je commence à trouver le temps long. Ces salauds ont  l’air de bien picoler. J’entends d’ici leurs grandes gueules, leurs rires gras et leurs histoires scabreuses. Et cette odeur d’anis qui empeste partout. Quand ils ont eu fini de picoler ils déguerpissent en braillant. Il n’en reste plus que deux pour garder la tôle. Ils bouffent des sandwichs, je les aperçois à travers les barreaux de la cellule. Les autres sont très certainement allés se payer un gastro et on me laisse jeûner sans scrupule.

 

D’un autre côté ça me permet de préparer mon interrogatoire. Ce qui me pose problème c’est que je ne sais absolument pas à quel service je suis confronté. Une seule certitude cependant : ce n’est pas la D.S.T. Sont-ils au courant pour les documents ? C’est ce que j’aimerai bien savoir ! Ma seule, mon unique chance de tirer un tant soit peu mon épingle du jeu ce sont ces foutus documents. Ils constituent ma seul monnaie d’échange. Espérons que ce ne soit pas de la monnaie de singe.

 

Enfin, les pandores reviennent. Ils parlent haut, rigolent fort, je crois qu’ils sont bien éméchés. Et voilà mes deux cerbères qui viennent me chercher pour continuer l’interview comme on dit à la Télé.

 

Je me retrouve de nouveau assis sur la chaise. Tandis que le petit Mickey s’installe derrière son portable le grand Stroumph se plante devant Mézigue :

 

-- Tu foutais quoi le 28 Mars ?

 

-- Le 28 Mars ? J’sais pas. Pourquoi ?

 

-- Ben t’as intérêt à savoir……. Alors ?

 

Qu’est-ce que je pouvais bien foutre ce jour là ? Même si je désirais leur répondre j’en serais incapable.

 

-- Je veux un avocat.

 

Vlan ! Y me balance une baffe et je manque perdre l’équilibre sur ma chaise. Je vais me lever et lui voler dans les plumes à ce grand connard. Mais au moment de lever mon cul j’aperçois le sourire hypocrite de l’Homo ordinatus. Ils n’attendent que ça ces deux cons : Rébellion à représentant de la force publique ; C’est ça qui va arranger mon cas ! Alors je repose lentement mon derrière sur la chaise. Déçus qu’y sont les deux affreux.

 

Le grand squale tourne dans la pièce comme un lion en cage. Le petit chafouin allume une clope et regarde d’un œil bovin la fumée monter au plafond. J’ai la joue en feu et je suis humilié. Peuvent toujours galoper pour que je leur dise quoi que ce soit. Bande de minables !

Ouais ! n’empêche ! S’ils commencent à cogner je vais tenir combien ? Interrogatoire musclé ils appellent ça. Les vaches. Et soudain j’ai envie de gueuler à en faire trembler les murs de la pièce, gueuler à leur péter les tympans :

 

-- Mort aux vaches !

 

Cool Mec ! Si tu te laisse aller ils vont te transformer en hamburger.

 

-- Alors ça vient ? Tu étais où le 28 Mars ?

 

-- J’en sais rien ! vous savez ce que vous faisiez vous le 28 Mars ?

 

Il me virgule une autre baffe. Cette fois, comme j’ai vu venir le coup, j’ai incliné la tête. Mal m’en a pris car j’ai reçu la mandale sur l’oreille et ça s’est mis à bourdonner. J’ai l’impression d’avoir une ruche dans l’oreille.

 

-- Faites chier  merde !

 

Il me refile une troisième baffe pour, dit-il, m’apprendre à parler poliment. Joyeuses Pâques, y a pas à dire !

 

-- Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise à la fin ? C’était un quel jour d’abord le 28 Mars ?

 

Le petit écrase son mégot et s’adresse à son compère :

 

-- Il ne se souvient plus dis donc ! Tu te rends compte Robert, Monsieur a oublié quel jour c’était !

 

-- Ouais ! qui répond le grand cleps. Montres zy donc les photos, ça va lui rafraîchir la mémoire.

 

Le petit Tékel sort une série de clichés d’une grosse chemise posée près de son ordinateur et la tend à son collègue.

 

-- Tiens ! regarde mon salaud !

 

La môme crevette. La prostituée de Rennes. La photo a été prise après sa mort. Elle est assise par terre le dos au mur. Un trou béant et rouge lui a défoncé la poitrine. Merde ! Voilà où ils veulent en venir. Le 28 Mars doit être le jour où elle m’a offert à bouffer. Avec tous ces évènements qui se bousculent depuis quelque temps j’avais oublié la date. Ben me v’là dans d’beaux draps.

 

-- Alors ? tu la reconnais ? Hein ! Ne me dis pas que tu sais pas qui s’est ?

 

J’dis rien. Qu’est-ce que je pourrais bien dire. De toute façon leur siège est fait. Quoique je raconte ils ne me croiront que si j’avoue le meurtre.

 

-- Tu vois qu’on a une idée de l’endroit où tu te trouvais le 28 Mars. Mais on aimerait bien te l’entendre dire.

 

-- J’ai rien à dire. Je veux un avocat. C’est mon droit et vous le savez. Il y a longtemps que j’aurais dû l’avoir.

 

-- Ma parole mais tu ne sais dire que ça : « un avocat ! Je veux un avocat ! » et mon poing sur la gueule ? Tu le veux aussi mon poing sur la gueule ?

 

Il se précipite vers moi et m’agrippe par le col de mon blouson. Son visage se trouve contre le mien. Il pue le pinard à plein nez. Juste comme il commence à me secouer la porte s’ouvre. Il  desserre son étreinte et se retourne vers le nouvel arrivant.

 

-- C’est vous patron !

 

Le commissaire à ce que je crois comprendre. C’est un type grand aux épaules de déménageurs, à la tête carrée surmontée d’une coupe en brosse. Il porte une petite moustache en balais brosse qui n’atteint pas la commissure des lèvres. Tifs et bacchante sont couleur poivre et sel tirant tout de même beaucoup plus sur le sel que sur le poivre.  Il est vêtu d’un costard gris anthracite, d’une chemise bleue et d’une cravate bicolore.

 

-- Comment ça se passe ?

 

Il a une voix de basse d’opéra. Il me regarde sans me voir, comme si j’étais l’homme invisible.

 

-- Ca va patron. Il a un vocabulaire un peu limité, mais il ne va pas tarder à faire des progrès.

 

-- Bien. Tâchez de terminer cette affaire pour ce soir.

 

Là dessus il sort en refermant délicatement la porte, comme pour ne pas déranger.

 

-- T’as entendu ce qu’il a dit le boss ? Faut qu’on ait fini pour ce soir. Alors tâche de collaborer, sinon……. !

 

Avant que je puisse prononcer un mot, le petit chafouin dactylographe me dit de sa voix de fausset :

 

-- Et puis cesse de réclamer un avocat. Pour l’instant tu n’est ni suspect, ni en garde à vue. Tu es ici en qualité de témoin, et un témoin n’a pas besoin d’avocat.

 

Témoin mon cul ! je ne suis même pas suspect, à leurs yeux je suis déjà coupable. Ils tentent de me faire avaler des couleuvres pour éviter qu’ultérieurement je soulève un vice de procédure.

 

-- Viens voir !

 

Le grand échalas a étalé une ribambelle de photos sur le bureau. Je m’approche. Pas joli joli. Le proxo est méconnaissable avec la moitié de la tronche partie en vadrouille. S’il n’y avait pas le schlass que je lui ai planté dans la poitrine je ne le reconnaîtrais pas.

 

-- Qu’est-ce que t’en dis ?

 

J’ai rien à dire. Le couteau de cuisine d’accord, c’est moi qui l’ai foutu là ; Mais la tronche en biais c’est pas ma pomme et je me demande bien qui ça peut être. Quand je me suis tiré la môme parlait d’appeler quelqu’un de sa connaissance susceptible de l’aider. Tu parles d’une aide !

 

-- On va pas passer la nuit à mater ces photos. Dis nous plutôt pourquoi tu as zigouillé  la pute et son mac ?

 

-- Qu’est-ce qui vous fait croire que c’est moi ?

 

Le petit flic dactylographe hausse les épaules

 

-- T’es vraiment un blaireau toi ! Ecoutes ! j’vais pas te raconter de salades. Les copines de la môme Gilberte t’ont vu filer avec elle. Dans l’appart on a retrouvé tes empreintes un peu partout. On sait que c’est les tiennes parce qu’on les connaît depuis que tu as laissé tes papelards auprès du cadavre de la plage de Rozulien. Encore un cadavre entre nous que tu as reniflé de près. Pas vrai ?

 

Y a pas grand chose à répondre à ça. Ils ne leur reste qu’à prendre mes empreintes et ils n’auront même pas besoin de mes aveux. Je ne pourrais jamais nier ma présence chez la dénommée Gilberte. Merde ! C’est pas moi qui les aie dessoudés, j’vais quand même pas payer pour ça non !

 

-- Bon ! alors t’accouche ?

 

Je ne sais pas pourquoi mais mon instinct me dit que je dois fermer ma gueule. Moins je leur en dirai, plus j’ai de chance de ne pas m’enfoncer davantage.

 

-- Puis que vous savez tout je n’ai rien à vous dire.

 

Je me suis tassé sur ma chaise m’attendant à ramasser une nouvelle baffe, mais le gars Robert s’est contenté de balancer un énorme rot ce qui fait rigoler son collègue. Puis il s’approche de moi et je reçois en pleine poire son haleine nauséabonde.

 

-- Quand comprendras-tu pauvre pomme que tu es fait comme un rat ? Pour la gonzesse de la plage c’est sans doute pas toi, mais certaines personnes se demandent ce que tu foutais là. Tu vois de qui je veux parler ? Tu sais les mecs à qui tu as faussé compagnie l’autre jour au bar du Conti ?

 

Puis prenant un peu de recul ce qui me permet de respirer un air plus sain :

 

-- Mais nous on s’en bat les burnes de la pouf de la plage. Une fille à Papa qu’aura mal tournée. Nous ce qu’on aimerait bien savoir se sont les raisons pour lesquelles tu as dézingué la pute et son mac. Tu vois ! c’est pas compliqué tout de même. Tu nous expliques bien tout ça et on te ramène peinard dans ta cellule. Tiens ! même qu’on te fait monter un sandwich et une bière. On n’est pas chiens nous autres ! N’est-ce pas Bernard  qu’on n’est pas chien?

 

Le Nanard n’a pas le temps de répondre, la porte s’ouvre de nouveau sur le commissaire qui fait signe au mastar de le suivre. Je reste seul avec Mickey qui allume une nouvelle clope. On est là comme deux glands. On évite de se regarder et on poireaute en silence.

 

Au bout d’un certain temps le dénommé Robert se pointe l’air franchement en colère. Je pense que ça va encore barder pour mon matricule. Il a le regard mauvais. Il s’est arrêté au milieu de la pièce. Mickey se doute qu’il y a un os mais il ne dit rien.
par Malcomrys publié dans : SPIRALE
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Lundi 4 février 2008
megane.jpg













 

Chapitre XIX

 

 

 

Je n’ose plus sortir de l’hôtel. Je descends le matin à sept heures prendre mon petit déj. avant que la foule n’arrive et je remonte illico dans ma chambre. A onze heures trente, avant la cohue je redescends prendre un sandwich et passe l’après midi de nouveau dans ma piaule. Heureusement il y a la télé et je zappe un max. Il y a trois jours que je vis ainsi et je pense que c’est un miracle que les condés ne m’aient pas encore logé. Je ne vais pourtant pas pouvoir m’éterniser ici, le tôlier va finir par se poser des questions. Seulement j’ai peur. Je vois des flics partout et surtout je me demande ce que manigancent les mecs de la D.S.T. J’ai plus confiance. Si ça se trouve ils sont en train de s’acoquiner ave les services secrets britanniques et je vais les avoir tous sur le dos.

 

Je suis de plus en plus persuadé qu’ils craignaient que je traite avec les Rosbifs. Mais à présent que je leur ai filé entre les doigts ils collaborent peut être tous ensemble. Il y a vraiment trop de gens qui voudraient me mettre la main dessus. Comment m’en dépatouiller ? Je n’en n’ai aucune idée et je reste ici à glander en suant la peur comme un con de lapin coincé dans son terrier. Faut que j’ me bouge ; De toute façon c’est aussi dangereux de rester ainsi terrer dans une chambre et le taulier ou les femmes de ménage vont se demander un jour ou l’autre ce que je fous là. Avoir constamment à l’esprit que dans chaque patron de bistrot ou d’hôtel de troisième zone il y a un indic qui sommeille.

 

 

Aujourd’hui le temps est superbe. L’air de cette mi-Avrill est doux, le ciel bleu et les feuilles des platanes du square Marc Sangnier bruissent sous l’effet d’une légère brise. Le printemps s’est installé dans la ville et dans ma tête. Il fait trop beau pour rester enfermé. Mon café- crème croissants avalé, je sors prendre l’air. Je me dirige vers les halles Saint Louis et les petits estaminets qui bordent la place. Je flâne rue de Siam, passe le pont de Recouvrance, baguenaude du côté de la porte Caffarelli. De tout ce temps je guettes les passants ; Je leur trouve à tous un air suspect. Celui ci marche trop vite, celui là trop lentement, il y a celui qui s’est mis à lacer ses godasses sur le trottoir d’en face au moment où j’arrive, celle qui fait semblant de fouiller dans son sac à main et tous ceux qui ne font rien de particulier mais qui ont un air louche.

 

Je me ballade dans Recouvrance, longe la Penfeld, mais le cœur n’y est pas. Le Doute, l’impression d’être traqué, c’est insupportable à la longue. Je descends la rue de la Porte avec la ferme intention de retourner m’enfermer à l’hôtel.

 

Je ne l’ai pas vue arriver. En fait je guettais les piétons, pas les bagnoles. La Mégane s’arrête à ma hauteur et deux hommes en jaillissent illico. Ils me prennent par les bras en me disant :

 

-- Police ! tiens toi tranquille. Fais pas le con et tout ira bien.

 

Ils m’ont fait monter à l’arrière de la voiture entre eux deux. Il y a un troisième larron à l’avant au volant. Une fois dans le véhicule ils me passent les menottes. Plus personne ne parle. Bêtement je me sens presque soulagé mais il va falloir tenir bon, ne pas révéler la planque avant d’avoir obtenu quelque chose.

 

Nous traversons le pont de recouvrance et bifurquons à gauche vers le boulevard Jean Moulin. Puis on tourne rue Michelet et nous voici de l’autre côté du square Marc Sangnier ; j’aperçois mon hôtel en face rue Louis Pasteur. Ils continuent en direction de la rue Duquesne ; Ils ne doivent pas être au courant pour l’hôtel. Je ne comprends pas trop la route qu’ils prennent ; pourquoi ne pas avoir remonté par la rue de Siam ? Peut être ne m’amènent-ils pas à leur bureau. Ils n’ont pas du tout le genre des deux pingouins de l’autre jour. Ceux ci ne sont pas fringués comme des milords ; ils portent des blousons en toile et des polos. Un doute me vient : et si ce ne sont pas des flics ? Les menottes ce n’est pas une preuve et ils ne m’ont pas montrés leurs cartes.

 

La voiture tourne rue Colbert et passe sans s’arrêter devant le commissariat central pour descendre une petite rue à droite où elle se range contre le trottoir. Il n’y a là que des immeubles d’habitation. Ce ne sont pas des poulets qui m’ont serré. Mais qui alors ? En tout cas ce n’est pas la D.S.T.

 

On me sort durement de la voiture, l’un d’entre eux tient à la main la chaîne des menottes. J’ai le temps de lire le nom de la rue sur une plaque : rue du Bois d’Amour. Tu parles d’un nom !

 

En face, le long du trottoir, assis sur l’aile avant d’une grosse B.M.W., un type fume un cigarillo et semble nous observer. C’est un grand balaise au visage dur et mal rasé qui ressemble au Reno de Léon. Je n’ai guère le temps de le mater plus longtemps car on me pousse avec brutalité dans le hall d’un immeuble.

 

Nous sommes trois dans un ascenseur où l’on ne tient d’ordinaire qu’à deux ; C’est dire si on est serré. Mes deux tontons sentent la bière et le saucisson à l’ail et vue l’étroitesse du lieu me souffle en pleine gueule leur haleine fétide. Le troisième lascar s’est élancé en courant dans l’escalier et arrive avant nous au terminus. D’après mon intuition, car je ne vois rien collé contre ces deux ostrogoths, nous devons avoir atteint le deuxième ou le troisième étage lorsque l’ascenseur stoppe.

 

Nous sommes sur un palier et sur une des portes il y a une plaque en cuivre avec le nom d’un avocat. Nous entrons dans la porte d’à côté, porte anonyme, sans aucune mention. Cela pourrait être n’importe quel appartement. A l’intérieur un long couloir et des bureaux de part et d’autre. Le premier à droite en rentrant est celui d’un dénommé Loïc Petitjean commissaire principal. J’aurais dû m’en douter ; à l’odeur les deux acolytes de l’ascenseur ne pouvaient être que des flics. Mais quel peut bien être ce service de police dissimulé dans un immeuble lambda à deux pas du commissariat central de la rue Colbert ?

 

Sur la gauche, un bureau qui semble plus grand que les autres abrite un bar. Je le sais parce que lorsque je passe devant la porte est ouverte et quatre types assis sur des tabourets de bar sirotent leurs pastis que ça sent l’anis à plein nez.

 

J’ai pas droit à l’apéro. Il est un peu tôt tout de même, à peine onze heures. Ils m’ont amené dans un des deux bureaux du fond. Je me demande vraiment à qui j’ai affaire. M’est avis que je vais avoir droit à un interrogatoire en règle, comme dans les films policiers, sauf que là c’est moi qui trinque et c’est beaucoup moins plaisant.

 

Qui que se soit, tenir le coup. J’ai une chance si je parviens à garder le secret sur l’endroit où j’ai planqué les documents.

 

La pièce est étroite et comporte deux bureaux munis chacun d’un ordinateur portable. La flicaille s’est mise au goût du jour. L’un d’eux s’installe derrière l’ordi tandis que l’autre me pousse sur une chaise où il m’ordonne de m’asseoire. Il m’ôte les menottes et me fouille. Il n’y a pas grand chose à piquer : environ deux cent Euros, toute ma fortune, un paquet de mouchoirs en papier et ma montre. Encore heureux que j’ai laissé le pétard à l’hôtel planqué dans un placard à balais du couloir de l’étage du dessus. On ne me demande pas d’enlever ma cravate ni mes lacets car je n’ai ni l’un ni l’autre. Pas de ceinture non plus : On gagne du temps.

 

Celui qui est passé derrière l’ordinateur commence le questionnement comme on disait au moyen âge :

 

-- Nom, prénom, date et lieu de naissance, domicile actuel.

 

-- Si vous m’avez coffrez c’est que vous devez me connaître. Vous n’en n’êtes tout de même pas arrivé à arrêter n’importe qui comme ça dans la rue que je sache !

 

-- Cesse de faire le malin ! tu riras moins tout à l’heure. Et réponds aux questions qu’on te pose.

 

C’est l’autre qui m’interpelle. Je me demande s’il m’est permis à moi aussi de le tutoyer.

 

-- Olivier Le Pénautier, en deux mots Le Pénautier. Né le 12 Novembre 1975 à Quimper. Domicilié à Rennes rue de la Duchesse Anne.

 

Ils se sont modernisés mais ils tapent toujours de la même façon qu’avec leurs vieilles Olivetti : Concerto à deux doigts et ça prend du temps.

 

-- Pourquoi n’avez-vous aucun papier sur vous ?

 

--  Je m’appelle Olivier Le Pénautier, en deux mots Le Pénautier. Né le 18 Novembre 1975 à Quimper. Domicilié à Rennes rue de la Duchesse Anne

 

-- Tu te fous de notre gueule ? Monsieur veut jouer au malin ?

 

Subitement je me dis que si ces pingouins prennent conscience de la signification de mes initiales, je vais avoir droit à Ramona.

 

-- Je veux un avocat. Il y en a un sur le palier. Je connais mes droits, hors la présence d’un avocat la seule chose que vous pouvez exiger c’est mon état civil.

 

Le flic dactylo a un léger sourire mais son collègue ne se marre pas du tout. Il m’agrippe par le colbac et me secoue comme un prunier :

 

-- Le seul droit que t’as connard c’est de répondre à nos questions.

 

A ce moment un type entre dans le burlingue et fait un signe de tête. On me ramène dans le couloir. Il y a foule au bar ; Ils doivent arroser quelque chose et on est venu avertir mes deux lascars que c’est l’heure des libations.

par Malcomrys publié dans : SPIRALE
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mercredi 30 janvier 2008
DST.jpg








Chapitre XVIII

 

 

Je suis à Brest depuis deux jours et j’ai rendez-vous ce midi avec un flic de la D.S.T. au bar du Continental. Je leur ai bigophoné hier et ils voulaient que je me rende dans leurs bureaux rue Inkermann dans un petit immeuble discret à l’angle de la rue Saint-Marc. Il aurait fallu être con pour accepter. Au bar du Conti il y a toujours du monde à l’apéro à cette heure là. Au milieu de la foule ils n’oseront pas faire de remous. Enfin c’est ce que je pense et je n’ai de toute façon pas le choix. Ce qui m’étonne tout de même c’est qu’ils ont accepté de me rencontrer sans que je leur donne la moindre preuve concernant les documents. Peut être est-ce une habitude chez eux de contrôler toutes les informations susceptibles de les intéresser.

 

J’ai pris une table près du bar, au milieu de la salle. Je me sens plus à l’aise quand je suis entouré. Je tiens ostensiblement un exemplaire du « Guardian » que j’ai acheté au kiosque en bas de la rue Jean Jaurès. C’est le signe convenu pour me reconnaître car au téléphone je ne leur ai pas dit qui j’étais. Quand ils m’apercevront ils vont piger tout de suite vu que ma bouille a paru dans plusieurs journaux et que les flics possèdent ma photo. Peut être d’ailleurs s’en doutent-ils déjà. En tous cas ils ne sont pas à l’heure, il est midi un quart et je ne vois encore personne. A moins qu’ils ne m’observent. Il doit y avoir dans la salle un flic déguisé en pékin qui fait semblant de siroter son pastis en me biglant. Je baisse le journal et je jette un coup d’œil circulaire. Je n’aperçois rien de suspect mais je suis certain qu’il y a un flic parmi les clients. Plus j’y pense et plus ça devient une évidence. Ou alors c’est qu’ils ne m’ont pas pris au sérieux, qu’ils ont pensé avoir affaire à un mythomane. Il n’y a rien d’autre à faire qu’à attendre, alors j’attends en buvant un demi.

 

Quand ils sont arrivés j’ai franchement été surpris. Je ne m’imaginais pas les flic de la D.S.T. comme ça. Ils sont deux. Le plus grand  a les yeux bleus et des cheveux gris coupés courts. Son visage est long et maigre, les lèvres pincées, Le nez droit et proéminent. Il est fringué comme un lord anglais : Veste en tweed, chemise à carreaux, cravate en cachemire. Son collègue est petit, boudiné, un visage rond aux oreilles décollées, le crâne dégarni. Il ressemble à Jugnot. Ils est vêtu d’un costume gris, d’une chemise bleue agrémentée d’un nœud papillon..

 

Ils m’ont repéré tout de suite because le « Guardian ». Comme ils n’ont pas paru surpris j’imagine qu’ils savent depuis le début qui je suis.

 

Ils se sont présentés mais je n’ai pas retenu leurs noms. Après s’être assis et m’avoir longuement observé, le petit gros m’a demandé :

 

-- Bon ! de quoi s’agit-il exactement?

 

J’ai préparé mon speech. Les débuts sont cependant laborieux :

 

-- Inutile de vouloir jouer au plus fin ; vousVous connaissez parfaitement mon identité n’est-ce pas ?

 

-- En effet

 

Répond le plus petit après avoir interrogé son collègue du regard. Il a une voix de fausset et parle du nez. Il devrait se faire opérer des végétations.

 

-- Alors je n’ai pas besoin de me présenter

 

-- En effet.

 

C’est tout ce qu’il sait dire celui là. Quant à l’autre il ne dit rien mais ses yeux me sondent comme s’il  voulait lire dans mes pensées.

 

-- je possède des documents de la plus haute importance que je désirerai monnayer.

 

-- Nous sommes au courant. Vous avez rendu récemment visite à Monsieur Pickford.

 

Puis, après s’être retourné vers le grand maigre comme pour recueillir son avis :

 

-- Vous avez également joué au cow boy dans un bidon ville de la banlieue de Londres.

 

-- Je vois que les caméras ont livré leurs images.

 

-- C’est bien pratique. D’après nos collègues anglais on vous voit un peu partout dans Londres. Vous avez même été surpris à jeter une valise, ou quelque chose dans le genre, dans la Tamise. C’est vous dire comme leur système est efficace.

 

Je me doutais bien que ces caméras de surveillance me joueraient un sale tour, mais je pensais qu’ils mettraient plus de temps avant de me repérer. Ca ne va pas arranger mes affaires.

 

-- Puisque vous êtes au courant de tout vous devez savoir l’importance que revêtent les documents en ma possession ?

 

-- Nous n’avons aucune preuve que vous déteniez ces documents.

 

Je tends la copie du protocole français au petit gros. Il l’a prend et la parcourt rapidement. Le grand maigre ne dit toujours rien. Il ne bouge pas, continue de me fixer que ça en devient gênant et c’est à peine si ses paupières clignotent par instant.

 

-- Il s’agit d’une copie.

 

Jugnot hausse les épaules :

 

-- Je n’en doute pas. Où sont les originaux ?

 

-- Vous ne pensez pas quand même pas que je vais vous le dire ?

 

Le grand maigre se manifeste alors. Quand il parle il a une moue arrogante, une expression de supériorité pour vous faire comprendre qu’il considère que vous êtes une larve par rapport à lui. Il prend en s’adressant à moi cet air condescendant des Enarques imbus de leurs petites personnes :

 

 

 

 

-- Monsieur Le Pénautier , vous n’êtes pas en position de discuter de quoi que se soit. Dois-je rappeler à votre bon souvenir que nos collègues du S.R.P.J. sont à votre recherche, qu’il y a un mandat d’amené vous concernant et que la police britannique aimerait beaucoup vous interroger sur ce qui s’est passé lors de votre visite chez Monsieur Pickford juste avant sa mort. Ils désireraient également vous demander pourquoi vous avez blessé par balle deux traîne-misère qui n’en demandaient pas tant.

 

Qui n’en demandaient pas tant ! Il en à de bonnes le flicaillon , on voit bien que ce n’est pas après lui qu’ils couraient les forcenés.

 

Il rectifie d’un geste machinal un nœud de cravate qui n’en n’avait nul besoin avant de continuer :

 

-- Nous pourrions tout aussi bien vous arrêter et vous faire inculper pour intelligence avec l’ennemi.

 

Il m’énerve avec sa morgue de grand guignol

 

-- Mais vous ne le ferez pas !

 

-- Et pourquoi donc ?

 

-- Parce que si vous faîtes ça les journaux publieront une jolie copie qui sera très diversement apprécié par la population et qui aura pour effet de discrédité une fois de plus les politiques, et cela à quelques mois d’une échéance électorale de première importance.

 

A son regard je vois qu’il m’écraserait comme une vulgaire punaise s’il en avait la possibilité. Il se contente de me répondre avec dédain :

 

-- Inutile de vouloir bluffer avec nous. Nous en savons bien plus que vous ne l’imaginez.

 

-- Ah oui ! et vous savez sans doute où se trouve les documents ?

 

C’est le petit gros qui répond

 

-- Comprenez Monsieur Le Pénautier  que nous pouvons nous passer de votre accord pour récupérer les documents que vous détenez illégalement. Vous n’êtes pas en position de pouvoir nous dicter vos volontés. Mais nous voulons bien faire un geste.

 

-- Je vous préviens que s’il m’arrive quoique se soit, si je ne contacte pas régulièrement la personne à qui j’ai confié les dossiers, cette dernière préviendra les journalistes et votre ministre ne pourra pas museler le « Canard Enchaîné » comme il le ferait d’un petit éditeur.

 

Jugnot se frotte l’oreille droite. Sa façon à lui de réfléchir sans doute.

 

-- Vous n’avez apporté que la copie du document français. Il y avait un autre document nous semble-t-il ?

 

-- Parfaitement. Il s’agit d’un document concernant les anglais. Je n’ai pas jugé utile de vous l’apporter.

 

Il se titille le lobe de l’oreille en frisant le nez. On dirait un lapin.

 

 

-- Vous n’auriez pas l’intention de traiter directement avec les Anglais par hasard ?

 

Comme je demeure silencieux en prenant un air entendu il me dit :

 

-- Parce que si vous avez l’intention de traiter avec eux je préfère vous mettre en garde dès maintenant. Ce sont les gars du MI 6 qui vous ont enfermé dans un blockhaus en espérant vous y voir mourir. Ils doivent regretter à présent de ne pas vous avoir directement liquidé. 

 

-- Pourquoi auraient-ils fait cela ?

 

-- Si vous alliez le leur demander ?

 

Ils sont coriaces. Je n’obtiendrai que des emmerdes supplémentaires avec ces deux guignols. Quelque chose me dit cependant qu’ils craignent de voir ces documents tombés entre les mains de leurs collègues britanniques. C’est peut être la carte à jouer.

 

-- Pourquoi pas ? Ils n’auront sans-doute plus envie de me liquider quand ils sauront que je détiens les documents.

 

-- Parce que vous vous imaginez qu’ils l’ignorent ?

 

Je ne m’imagine rien du tout en fait. Je ne sais plus comment me tirer d’affaires. Et voila le grand squale qui laisse tomber avec dédain :

 

-- Nous avons perdu assez de temps avec vous Monsieur Le Pénautier. Soit vous nous remettez les documents, soit on vous embarque.

 

C’est l’impasse. Si je ne réagis pas immédiatement je suis foutu. Une fois entre leurs mains je n’aurais plus aucun moyen de m’en sortir. Je me lève , prend mon verre vide et le lance derrière le bar à la figure du barman qui le reçoit en pleine tronche. Je balance la table et flanque une baffe à un mec qui bouffe à côté de nous. En quelques secondes c’est une bousculade générale, mes deux pandores n’ont pas le temps de s’expliquer qu’ils sont pris à partie par le personnel en colère. Ils m’ont aussi agrippé mais j’ai réussi à m’en défaire et je m’enfuis pendant que les deux flics sont occupés à exhiber leurs fafiots.

 

J’ai couru droit devant sans me retourner. Dès que je juge être assez loin je m’arrête et regarde derrière moi. Je les ai semés, il n’y a personne sur le trottoir. Je continue calmement ma route en direction de la rue Jean Jaurès. C’est alors que je l’aperçois ; Une Laguna grise avec deux hommes à bord qui roule au pas. Les salauds ! il y en avait deux autres qui attendaient dehors dans une bagnole. Je me dirige vers le centre de Coat ar Guewen afin d’essayer de les semer. Y a pas à dire ! L’enfant se présente mal.

 




par Malcomrys publié dans : SPIRALE
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Lundi 21 janvier 2008
terrain-vague-2.jpg

Chapitre XV

 

Me voilà arrivé devant la cabane. C’est une cabane

de chantier en tôle type ALGECO. Un fil électrique

part du toit et se perd dans la nuit. Je frappe. Remue-

ménage à l’intérieur : une chaise qui racle le sol, un

claquement sec indéfinissable, des pas qui se

rapprochent de la porte, une voix chevrotante qui

demande qui est là. Je tente d’expliquer que je viens

de la part de Mister Pickford, mais soit mon anglais

est vraiment trop nul, soit l’homme est hyper

méfiant. Il me crie quelque chose qui doit signifier

qu’il faut que je m’en aille. J’insiste. La porte s’entre

ouvre et le canon d’un fusil de chasse apparaît.

Vraiment méfiant le tonton. Il est vrai qu’avec les

voisins qu’il a il y a de quoi faire gaffe.

 

Je lui explique tant bien que mal que j’ai une lettre

pour lui :

 

-- A letter. For you. You understand ?

 

Il a compris, une main se tend et j’y dépose la lettre.

La porte se referme d’un coup sec et j’entends la clef

tourner dans la serrure. Vraiment pas confiant le

bonhomme.

 

Il met plus de temps à déchiffrer la missive que

Champollion n’en a mis pour élucider le mystère des

hiéroglyphes. Encore heureux que Pickford se soit

appliqué pour l’écriture, sinon il en avait pour

jusqu’à demain matin. C’est long l’attente et il n’y a

rien à voir pour se distraire. La nuit est noire, pas de

lune, pas une étoile. Au loin la lumière pâlichonne de

la rue des gueux. Il commence aussi à faire frisquet.

Qu’est-ce qu’il branle l’illettré ?

 

Enfin la porte s’ouvre et une main me fait signe

d’entrer.

 

Comme il fallait s’y attendre l’intérieur est meublé

façon spartiate. Un pieu, une table, deux chaises en

paille, un vieux buffet, sans doute celui dont parlait

Rimbaud vu son âge, un évier, une gazinière et un

poêle à bois dont le gros tuyau traverse le toit. Du

plafond descend une ampoule électrique pendue à

son fil.

 

Le bonhomme est vieux, soixante dix ans au moins,

mais il n’a pas l’air misérable ni poivrot. Il porte bien

comme on dit et dénote dans ce gourbi. Il est vêtu

d’un bleu de travail d’une rare propreté et il a peigné

ses longs cheveux blancs en queue de cheval, ce qui

lui donne l’air d’un vieux hippy. Le corps est sec et

noueux, le visage mince aux joues creuses, le front

buté.

 

Il a posé sa pétoire sur le lit et m’observe comme si

j’étais un cobaye. Au bout d’un moment il me

demande :

 

-- Where is the key ?

 

Je lui montre la clef que j’ai attachée à un cordon

autour de mon cou. Il tend la main :

 

-- Give me !

Je lui remets la clef. Il me pousse alors vers la porte.

Il veut me foutre dehors ce con. Je lui croche le col

bac pour lui faire comprendre que je ne suis pas

d’accord. Il se libère d’un coup sec.

 

 

 Ce vieillard a encore de la force et de l’agilité. En un

bond il atteint le lit et me braque avec le fusil. A son

oeil je vois qu’il n’hésiterait pas une seconde à faire

feu. Je me replie en douceur vers la porte. Il me fait

signe de sortir. Claquement de porte, jeu de la clef

dans la serrure. Me voilà une nouvelle fois dehors.

C’est d’un monotone ! Un moment je pense qu’il

veut me rouler et garder la mallette pour lui. Je n’ai

pas vu de téléphone dans sa piaule et il n’est pas de

la génération portable le pépère. J’en conclue qu’il

n’est pas en train d’appeler Pickford pour avoir

confirmation de mes dires. Alors qu’est-ce qu’il fout ?

 

Bon ! voilà la porte qui s’ouvre une fois de plus. Le

vieillard se tient sur le seuil, il me tend une mallette

et la clef. Je ramasse le tout et n’ai pas le temps de

remercier, la porte est déjà refermée à double tour.

Quel ours !

 

Je vais devoir repasser chez les affreux, et cette fois

avec un attaché-case à la main, ce qui ne va pas

manquer d’attirer leur convoitise. En attendant il va

falloir sortir de cette fondrière qui sert de dépotoir

aux locdus du coin. L’orientation pour le retour ne

pose pas problème car le quartier des paumés, même

faiblement éclairé, se voit d’assez loin. En revanche

impossible de voir où je mets les pieds et je patauge

lamentablement dans la merde manquant à chaque

instant de me tordre les chevilles.

 

Je me trouve dans le noir, aussi ces messieurs ne

m’ont pas encore aperçu. Ils ne sont pas rentrés, ils

savaient que je reviendrai et malgré la crainte que je

leur ait infligée tout à l’heure ils sont restés

m’attendre. Pas tous ; les femmes et leurs gones sont

partis. Il y a là environ une dizaine de mecs qui

attendent en fumant et en picolant de la bière. S’ils

ont beaucoup bu ils vont se sentir des ailes, l’alcool

fait oublier la peur, c’est un truc bien connu dans

l’armée. On saoulait les poilus en quatorze pour les

faire charger à la baïonnette. Mes lascars vont être

remontés à bloc et je ne pourrai pas cette fois ci les

avoir à l’intimidation. Je profite d’être à couvert pour

avancer sans bruit. Plus tard ils me verront, mieux ça

vaudra.

 

Quand ils ont fini leurs canettes ils les balancent dans

le terrain vague et je dois louvoyer pour éviter d’en

prendre une sur la tronche. Ils picolent vraiment sec

les mecs. Ils ne feront pas de vieux os à cette allure.

La cirrhose galope chez eux comme un pur-sang à

Longchamp.

 

J’ai atteint la limite, encore un pas et ils

m’apercevront. Je tiens la mallette dans une main et

le pétard dans l’autre, bien décidé à m’en servir si

nécessaire. Avant qu’ils ne me voient je bondis sur le

chemin et je courre. Ils ont été surpris et j’ai le temps

de les dépasser avant qu’ils ne réagissent. Ils se

lancent néanmoins à ma poursuite et je les entends

rouscailler en me poursuivant. Je parviens à en semer

une partie, mais il y a trois teigneux qui me rattrapent

et je vais bientôt les avoir sur le dos. Avant qu’ils ne

soient trop proches je fais un demi-tour et je tire une

balle dans le tas. Un cri rauque et l’un de mes

poursuivants s’écroule en se tenant le genou. Je n’ai

pas visé, j’ai tiré au pif, mais j’en ai blessé un. Il se

tortille à terre en hurlant. Pas le temps de contempler

la scène car les deux autres déboulent sur moi. Sans

hésiter je tire deux fois. Le plus grand, celui qui avait

le couteau, prend une praline dans le bide et pique du

nez dans la boue. Je ne sais pas combien de balles il

me reste, aussi j’arrête de tirer et je reprends ma

course. Les coups de feu ont attiré l’attention et je

vois les minables qui se pointent sur le pas de leur

porte avec leurs têtes d’ahuris. Je file sans

m’attarder. Le troisième gueux continue à me

pourchasser malgré ce qu’il est advenu de ses potes.

L’alcool le rend téméraire et la vue de la valoche doit

lui donner des idées. Encore une trentaine de mètres

et je vais déboucher sur la placette. A cet endroit

commence le monde civilisé et j’espère que le

poche-laou n’osera pas y pénétrer.

 

Bernique ! Il continue à me courser à travers la place

et je file droit devant moi sans savoir où je vais. Les

rues sont largement éclairée et il doit y avoir des

caméras de surveillance partout ; Ce n’est pas le

moment de jouer au pistoléro aussi je range mon

flingue dans ma poche et je continue de cavaler avec

l’autre truffe à mes trousses.

 

Il a perdu du terrain King Kong. Sur le coup l’alcool

ça fouette, mais pour ce qui est de tenir la distance ça

ne vaut pas l’E.P.O., n’importe quel coureur cycliste

vous le confirmera. Il se trouve à dix mètres derrière

moi à présent et sa course se fait de plus en plus

louvoyante. Je ne le vois pas d’ici mais il doit tirer

une drôle de langue le coco. Encore un effort et le

voilà qui disparaît. Je continue de courir quelques

secondes par prudence, mais il n’est plus là. Il a fini

par abandonner le frangin.

 

Il était temps car je suis essoufflé et j’ai un point de

côté. Je m’adosse un instant contre un mur pour

reprendre mon souffle. J’ai la gorge sèche et la

poitrine en feu. De plus je ne sais absolument pas où

je me trouve et à cette heure il ne doit plus y avoir de

taxi. Ca va être galère pour regagner mon hôtel. Bon

soyons positif, j’ai récupéré la mallette avec les

documents………….Avec les documents ? Qu’est-ce

que j’en sais ? C’est vrai ça, le vieux m’a refilé la

valoche mais je n’ai pas regardé ce qu’il y avait

dedans. Il faisait trop noir pour y voir et de toute

façon je n’y ai pas pensé, tout occupé que j’étais à la

façon de me débarrasser des pochetrons.

 

Documents ou pas on verra plus tard, je vais devoir

suffisamment galérer pour retrouver l’hôtel. Et puis

avec ces caméras qui pullulent ce serait imprudent

d’ouvrir l’attaché-case maintenant.

 

Je dois me trouver dans un quartier résidentiel car je

ne vois que des habitations ; Pas un seul commerce.

J’erre sans grande conviction : Je suis perdu et je

crains de devoir passer la nuit dehors. Soudain

j’entends un sifflet de train. Une gare ! Il doit y avoir

une gare dans le coin, et s’il y a une gare et encore

des trains qui arrivent, il doit y avoir des taxis. Enfin

une bonne nouvelle.

par Malcomrys publié dans : SPIRALE
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mercredi 9 janvier 2008
undefined

Chapitre XIV
 
Le chauffeur de taxi n’a pas voulu aller plus loin. Il
s’est arrêté sur la petite place à l’entrée de la rue.
Quand je lui ai fait voir l’adresse sur l’enveloppe il a
d’abord refusé de m’y conduire, il m’a fallu insister
pour obtenir qu’il me mène jusqu’ici. Il me montre
du doigt l’endroit où je dois me rendre et qui se
trouve à trois cent mètres environ, à l’autre bout de la
rue. Je paie et il déguerpit sans attendre. Me voilà
seul et la nuit commence à tomber. La rue qui me
sépare du terrain vague est mal éclairée ce qui rend
l’endroit franchement sinistre. Que Diable venait
faire Pickford dans ce coin ? Ca ne lui ressemble pas.
Je ne suis pas plus rassuré que ça et je serre dans la
poche de mon blouson la crosse du revolver que j’ai
confisqué au proxo à Rennes.
 
La rue est un chemin de terre bordée de chaque côté
par des logements construits de bric et de broc avec
des matériaux de récupération. En fait de rue il doit
s’agir d’une partie du terrain vague qui a été récupéré
par une faune hétéroclite. A voir les habitants des
lieux on se croirait à la cour des miracles ; il ne
manque même pas les estropiés. Ils sont là,
agglutinés sur le seuil de leurs baraques, les femmes
aux prunelles vides, les hommes aux regards
méfiants, l’air faux-cul comme c’est pas permis. On
a sorti les grabataires sur le pas des portes : Affalés
dans de vieux fauteuils délabrés ils vous regardent
passer la bave au coin des lèvres et leurs pauvres
yeux glauques traduisent le vide de leurs âmes.
 
Comme il pleut souvent dans cette contrée, la route
n’est plus qu’une ravine de boue qui dégouline de
part et d’autre des habitations. Je me doute que cette
bouillasse n’est pas uniquement le fait des eaux
pluviales et qu’il doit s’y trouver également les eaux
grasses et puantes des maisons dont je ne vois pas
très bien où pourraient s’écouler leurs immondices
à part dans la rue. C’est un spectacle d’un autre âge ;
Je me retrouve propulsé deux siècle en arrière. Une
rue qui aurait pu servir de décor à Dickens.
Tandis que j’avance au milieu de la rue pour éviter
tout contact avec la population locale que je sens
inamicale à mon encontre, les visages se tournent
vers moi et les conversations se taisent à mon
approche. Ils se connaissent tous alors évidemment
quand un étranger ose pénétrer dans ce lieu il devient
immédiatement suspect.
 
Les femmes sont soit très grasses, soit squelettiques,
en fonction du degré d’alcoolisme qu’ elles ont
atteint. Elles ont en commun la crasse qui bariole
leurs vêtements, dégouline sur le visage et transpire
par tous les pores de la peau. Le visage est mou, la
lèvre veule, la bouche édentée et le cheveux maigre
et crasseux.
 
Les hommes ne sont pas mieux lotis mais ils sont
dans leur majorité grands et osseux. La trogne
rubiconde déformée par la petite vérole, le nez éclaté
et grumeleux comme une fraise que la chaleur aurait
fait tourner, le regard vitreux et mesquin, la peau
noire de crasse, leur donnent un aspect d’outre
t